Il y a des livres qu'on écrit pour raconter une histoire. Et il y a des récits qu'on écrit pour tisser, patiemment, une autre façon d'habiter le monde. L'amour se tisse où l'âme se glisse, le nouveau roman d'Anne van Stappen, appartient clairement à la seconde catégorie — même s'il offre, lui aussi, toute une histoire.
Sophia et Matteo, ou l'art de grandir en riant
Au fil des pages, on suit Sophia et Matteo, deux héros que l'autrice a voulu vifs, drôles, terriblement humains. On les accompagne dans leurs aventures, mais surtout dans leurs épreuves : ces moments où la vie bouscule, déstabilise, met à nu. Rien de plombant pourtant — Anne van Stappen a délibérément choisi la légèreté et le rire comme fils conducteurs, convaincue qu'on comprend mieux ce qui nous fait grandir quand on le vit sans se prendre trop au sérieux.
Car derrière chaque difficulté que traversent Sophia et Matteo se cache une grâce à découvrir. C'est tout le pari du livre : montrer, à travers leur parcours, que les épreuves portent toujours en elles des grâces telles que le pouvoir d'arrondir nos angles et d'ouvrir nos cœurs ou nos consciences.
Un livre qui préfère les questions aux réponses
Ce que ce roman offre, ce n'est pas une leçon. C'est une invitation à rester dans la question, sans se précipiter vers une réponse toute faite. Une lectrice l'a résumé d'une phrase, en quatrième de couverture : « Une histoire incontournable pour qui est prêt à se poser les questions qui transforment une vie et à ébranler les certitudes ancrées dans son quotidien ».
Et Anne van Stappen elle-même prévient avec une belle humilité : ce qu'elle avance dans ce livre, ce sont ses certitudes d'aujourd'hui — et elle espère sincèrement qu'elles seront obsolètes demain. Parce que des certitudes trop figées, pense-t-elle, nous rétrécissent l'esprit.
Sept clés, tissées au fil de l'histoire
En filigrane des aventures de Sophia et Matteo, on retrouve les sept clés qu'Anne van Stappen cultive pour, dit-elle, réussir sa vie.
D'abord la Communication NonViolente®, qu'elle rapproche des « passions joyeuses » de Spinoza : l'émerveillement, la gratitude, l'empathie envers l'autre, mais aussi l'auto-empathie — cette conviction que la vraie porte de sortie se trouve surtout à l'intérieur de soi, jamais chez l'autre — et l'assertivité, l'art d'oser exister et de s’exprimer sans demander à l'autre de nous sauver de nous-mêmes.
Puis viennent deux valeurs, l'authenticité et l'humilité, qu'on tente de pratiquer, minute après minute, en cultivant un regard sincère, surtout quand la réalité contredit nos croyances préférées...
Le lâcher-prise ensuite — pas celui qui renonce à l’action, précise-t-elle, mais celui qui renonce DANS l’agir et embrasse chaque facettes de la vie, même et surtout celles qui heurtent ! Attitude qui contribue à mettre de la souplesse et de la douceur dans les cœurs.
Voir et aimer ses ombres, avec cette conscience que nos fragilités peuvent, tôt ou tard, devenir des forces.
Il y a aussi laisser s’écouler le temps juste entre comprendre et « cœur-prendre », parce que recevoir l'autre pleinement pour pouvoir le prendre dans son cœur demande parfois plus de temps que de le comprendre avec sa tête.
Vient ensuite la sagesse de parvenir à être touché sans être affecté, sensible sans être blessable.
Puis cette dernière clé, qui est peut-être la plus exigeante de toutes : mesurer que, bien souvent, nos certitudes, nos croyances figées nous rétrécissent, et qu'un être humain qui ne doute plus est un être humain qui est mort !
Trois phrases qui restent
Le livre se referme sur trois idées qu'Anne van Stappen porte comme des vérités à la fois apprenantes et inconfortables :
● L'être humain cherche l'innocence délicieuse que procure la certitude que le mal est chez l'autre.
● L'être humain aime transformer ses torts en malheurs —malheurs dont il pense que l'autre est responsable.
● L'être humain devient insensé dès qu'il est pris dans ses peurs ou dans la haine ; et lorsqu'il se sent en danger, il ne cherche plus qu'à se protéger, jusqu'à perdre tout sens moral.
L'amour se tisse où l'âme se glisse n'est donc pas seulement le roman de Sophia et Matteo. C'est une main tendue, tissée de rire et de lucidité, à qui accepte de laisser une question travailler en soi plutôt que de l'étouffer par une réponse immédiate qui se veut rassurante.
Synthèse de conversations entretenues par Fanny Raess avec Anne van Stappen
Commande du livre dans notre boutique en ligne :