Retrouver son pouvoir d’agir dans un monde brutal

2 avril 2026 par
Retrouver son pouvoir d’agir dans un monde brutal
CRISMER Paul-Georges

Depuis l'avènement du dernier président américain, j'ai l'impression de voir partout l'apologie de la brutalité, de la violence, du "j'ai raison/tu as tort", de la raison du plus fort. Et cela me laisse songeur. Sommes-nous de doux rêveurs, nous qui rêvons de coopération, de paix, de relations de qualité ; nous qui souhaitons mettre le meilleur de soi au service du vivre ensemble ?

Quand le monde se durcit, qu’en est-il de la coopération ?

Nous vivons dans un environnement où la compétition est souvent présentée comme la seule voie possible. On nous apprend à nous méfier, à nous protéger, à performer, à gagner. Comme si la dureté était un signe de force.

Pourtant, la recherche raconte une autre histoire.  En 1984, le sociologue Robert Axelrod démontre scientifiquement que la coopération est toujours plus productive que l’affrontement, la soumission ou le mépris. Il teste 76 stratégies dans le fameux jeu «dilemme du prisonnier itératif». Ce dernier permet aux joueurs de collaborer, prendre avantage sur l’autre ou de ne pas coopérer, afin d’accumuler des points.

Axelrod découvre que la stratégie la plus performante sur le long terme est aussi la plus simple : le donnant-donnant.

Elle consiste à coopérer au premier tour, puis à imiter le choix précédent de l’autre lors du tour suivant : se faire respecter quand l’autre cherche à prendre avantage sur vous, coopérer si l’autre coopère.

Une stratégie à la fois bienveillante et ferme, indulgente et cohérente, transparente et prévisible. Une stratégie qui fonctionne parce qu’elle crée de la confiance, décourage la trahison et restaure la coopération.

Autrement dit : Ce n’est pas la brutalité qui gagne à long terme. C’est la clarté, la cohérence et la coopération.

Et la CNV aide à promouvoir ces trois valeurs :  l’auto-empathie permet la clarté, l’expression authentique favorise la cohérence, le dialogue empathique soutient la coopération.

Zone de préoccupation ou zone d’influence ?

Dans un monde qui semble glorifier la dureté, beaucoup de personnes restent coincées dans leur zone de préoccupation. Elles s’épuisent à vouloir changer ce qui ne dépend pas d’elles.

Dans son livre "Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu'ils entreprennent", Stephen Covey distingue deux espaces dans lesquels nous pouvons chercher à agir :

  • La zone de préoccupation : tout ce qui nous affecte mais sur quoi nous n’avons pas de prise directe (le climat social, les comportements des autres, les tensions dans l’équipe, les décisions hiérarchiques…).
  • La zone d’influence : ce sur quoi nous pouvons réellement agir (notre posture, nos choix, notre manière de communiquer, notre façon de poser des limites, notre capacité à coopérer).

La CNV nous ramène à notre zone d’influence. Elle nous aide à reprendre la main sur ce qui est réellement à notre portée :

  • notre clarté intérieure,
  • notre manière d’exprimer nos besoins,
  • notre façon de dire non sans violence,
  • notre capacité à créer de la coopération même quand l’autre n’y est pas encore.

C’est là que réside notre pouvoir d’agir.

La CNV : une coopération lucide, pas naïve.

La CNV ne nous demande pas d’être gentils. Elle nous invite à être puissants et humains à la fois.

Elle nous entraîne à :

  • clarifier ce qui est vivant en nous,
  • exprimer nos limites sans agressivité,
  • poser des demandes qui ouvrent des possibles,
  • rester ancré même quand l’autre se ferme,
  • transformer la peur en discernement.

Elle nous permet d’incarner une posture très proche du gagnant-gagnant d’Axelrod : claire, prévisible, bienveillante et ferme.

Et surtout : elle nous ramène à ce qui dépend de nous. À notre zone d’influence. À notre capacité à créer des micro-espaces de coopération autour de nous.

Axelrod le dit clairement : Il suffit d’un petit groupe d’individus cohérents pour transformer un système.

La CNV nous donne les moyens d’être ce groupe-là.

A nous de jouer !

Dans un monde où la brutalité fait la une des médias, la CNV nous offre un chemin pour rester puissants sans devenir durs, lucides sans devenir cyniques, engagés sans nous épuiser.

Et peut-être, comme Axelrod l’a montré, suffit-il d’un petit groupe d’humains cohérents pour transformer l’atmosphère autour d’eux.

"Nous sommes tous des diffuseurs d'ambiance" comme aime dire ma chère collègue Michèle Guez.

À nous de jouer et de rayonner au départ de notre zone d'influence !

 

Paul-Georges Crismer

Formateur certifié du CNVC

 

 

Bibliographie :

-          Donnant donnant.  Théorie du comportement coopératif.  Robert Axelrod. Editions Odile Jacob.

-          Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu'ils entreprennent. Stephen Covey. Editions First, 2024.

-          Clés pour un monde meilleur. Communication NonViolente et changement social. Marshall B. Rosenberg. Editions Jouvence, 2009.