La CNV, outil de prévention et d'accompagnement face aux violences sexistes et sexuelles (VSS)

23 juin 2026 par
La CNV, outil de prévention et d'accompagnement face aux violences sexistes et sexuelles (VSS)
DE PICKER Jacqueline

Etat des lieux d’une VSS « généralisée »

 

Le terme « hétéropessimisme » est né du ras-le-bol de femmes en Italie face aux comportements masculins de sexisme ordinaire et de leurs rôles traditionnels persistants.

En Espagne, on parle d’“hétérofatalisme”, avec les mêmes symptômes : machisme, inégalités persistantes, insatisfaction (1)

 

Le mouvement #MeToo a lui mis en lumière une épidémie d’agressions sexuelles (2) : l’affaire Weinstein impliquant politiques et « grands » de ce monde, les coachs sportifs, les patrons d’entreprise, l’entourage proche des victimes (mari , compagnon, père, …), le milieu artistique dont des photographes, des acteurs, des chanteurs, et avant cela le monde catholique empêtré dans les scandales de ses prêtres pédophiles,  … l’affaire Pelicot en France qui ouvre le voile sur les abus sur des personnes droguées à leur insu.

Aucun milieu ne semble épargné, pas même les milieux « psy » ni le réseau CNV (3) …

Notre époque « revisite brutalement les zones grises du désir, de l’emprise et du consentement. » (4)

 

#NotAllMen

Beaucoup d’hommes souhaitent être reconnus comme distanciés de ces agissements violents et non respectueux des femmes. Ils ne les comprennent pas. En sont tristes. Peu fiers d’être des hommes dans ce contexte.

Ceux qui font un travail intérieur sur la question, cheminent dans la prise de conscience de leur formatage dans une culture de « mecs » prédatrice et de pouvoir remontant à des millénaires.

Dans sa conférence « Violence faite aux femmes - C'est un problème d'homme. » (5), Jackson Katz démonte, entre autres, un glissement langagier fascinant :

On commence par dire :

« John a frappé Mary »

Puis : « Mary a été frappée par John. »

Puis : « Mary a été frappée. »

Puis : « Mary est une femme battue. »

Et à la fin, l’homme a disparu du paysage mental.

Il ne reste plus qu’une femme définie par ce qu’on lui a fait.

C’est vertigineux.

 

La pédagogue analysant cette vidéo conclut :

Il existe aujourd’hui une immense attente silencieuse autour de cela.

Une attente envers des hommes capables de lucidité, de courage relationnel, de responsabilité, de protection mature, d’auto-régulation, de leadership moral, de capacité à interrompre d’autres hommes.

 

Parce qu’au fond, la question n’est pas : « Pourquoi les femmes ont-elles peur ? »

La question est : « Qu’allons-nous collectivement tolérer encore longtemps comme définition de la masculinité ? » (sur la page Facebook de Nicolas Bartiaux, formateur CNV) (6)

 

Même dans les milieux dits « progressistes » qui prônent cette quête de "l’Homme Nouveau", cherchent à répondre à cette attente, des « dérapages » existent …

Le site *Non-monogamie féministe* propose une analyse particulièrement fouillée et critique féministe de la CNV appliquée aux VSS :

La CNV est notamment remise en question pour sa conception de l'"objectivité" dans l'observation des faits : l'objectivité tend à correspondre au regard de l'homme blanc, cisgenre, hétérosexuel, de classe moyenne-haute — c'est-à-dire à ceux qui ont le pouvoir de définir ce qui est objectif et ce qui ne l'est pas.

L'autrice du texte dit l'avoir vue utilisée pour manipuler, maltraiter et abuser, ce qui l'a amenée à analyser plus en profondeur les aspects problématiques de la CNV telle que définie par Marshall Rosenberg. (7).  

 

La prise en compte des victimes : la CNV, un outil d’accompagnement

L’article « Utiliser la CNV pour parler d ‘agressions sexuelles » (2) explique comment la communication bienveillante aide les victimes d’agressions sexuelles :

« Pour aider les victimes d'agression sexuelle, la première étape consiste à ce que les personnes qui les soutiennent sachent faire preuve d'empathie. La compréhension empathique aide également les victimes d'agression sexuelle de deux manières : lorsque les personnes qui les soutiennent maîtrisent la Communication Non Violente (CNV) et sont à l'écoute d'elles-mêmes, elles peuvent identifier leurs propres déclencheurs émotionnels ou reconnaître une éventuelle incertitude quant à leur motivation à parler.

La communication empathique favorise l'introspection chez les personnes qui apportent leur soutien, leur permettant ainsi d'être pleinement présentes pour celles et ceux qui en ont besoin.

Troisièmement, les victimes d'agression sexuelle peuvent acquérir ces outils et compétences pour éviter le piège de la honte, du blâme et de la culpabilité, et apprendre à exprimer leur vérité avec empathie et confiance en soi, tout en formulant des demandes concrètes pour une réponse constructive. » (2)

L’empathie évite des écueils comme la culpabilisation et le jugement : « Tu n'aurais pas dû aller à cette fête » ou « Tu n'aurais pas dû t'habiller comme ça » aggravant la douleur d'une personne victime d'agression sexuelle. Pire, de faire « honte à la victime, lorsque l'on donne des conseils (sans qu'elle les ait demandés), et lorsque l'on tente de la soustraire à son propre cheminement émotionnel, à son processus de deuil, de pardon et de guérison. » (2)

L’accompagnement sera d’autant plus judicieux que l’accompagnant.e se sera elle.lui-même informé.e et formé.e sur les questions de violences sexuelles et de l’impact des traumas.

Un courant de psychologues féministes se développe qui invente une thérapie féministe (8)

Le gestalt-thérapeute Xavier Favaro (dit Satyam Vivek - Juste Soi (9)) présente les mécanismes traumatiques qui expliquent pourquoi une victime peut porter plainte 35 ans après les faits, les méconnaissances et préjugés du grand public qu’exploitent les avocats des auteurs dans leur stratégie de défense. (sur la page Facebook de Vincent Houba, formateur CNV) (9)

L’accompagnement d’une victime d’inceste a des spécificités auquel le thérapeute sera sensibilisé également (19).

 

La prise en compte des victimes : la CNV, un outil de prévention

Contrairement à une idée reçue, la CNV ne consiste pas à être "gentil" mais à être assertif : s'affirmer en toute authenticité tout en respectant l'autre. Elle apprend notamment à identifier ses propres limites et à les exprimer, même en désaccord.

La CNV est présentée, notamment sur des sites de santé étudiante, comme pouvant être utilisée dans les situations de violence, en renforçant l'aptitude à donner avec bienveillance et à inspirer aux autres le désir d'en faire autant.

L’article « Utiliser la CNV pour parler d ‘agressions sexuelles » (2) précise qu’on peut utiliser la CNV :

-          pour développer une communication intrapersonnelle « saine » (arriver à « nous reconnecter à nos besoins fondamentaux, à vivre notre deuil de manière constructive et à faire la paix avec la part de nous-mêmes impliquée dans la culpabilité, la honte ou l'auto-accusation ») pour se connecter à sa propre force intérieure et être capable d'agir en toute liberté

-          pour développer des compétences en communication interpersonnelles efficaces (connexion à soi – écoute empathique – expression honnête)

Pour conscientiser et approfondir ce qui se joue dans une relation par rapport au consentement, voici quelques propositions :

Un article de Valérie Brooms : Le consentement, au-delà du « oui » à lire sur notre site (10)

Un article de Nathalie Murat : Comment dire « non » en prenant en compte la notion de différence de pouvoir entre nous… (11)

Un podacast Céder n'est pas consentir | Un Podcast à soi | ARTE Radio Podcasts (59’48’’) (12)

cet épisode d' »Un podcast à soi » didactique qui donne la parole à des femmes, des hommes et des enfants, sur ce que cela signifie, pour elles et eux, le consentement.

 

Le traitement des auteurs

Rares sont les espaces dédiés à l’accompagnement des auteurs de violences sexuelles, ou des personnes aux fantasmes sexuels à risque. Une plate-forme wallonne d’écoute anonyme, confidentielle et gratuite a été créée : SéOS : une écoute sans cautionnement, une prise en charge pour éviter de nouvelles victimes (13).

Un détenu pour attouchements sexuels sur un enfant confie : « Si j’avais pu être aidé sans peur d’être jugé, ça aurait pu être évité … » (14)

 La CNV propose, outre une façon d’aborder les entretiens avec les auteurs, des médiations entre victimes et agresseurs

« Le Dr Rosenberg disait souvent que pour un violeur, la facilité est de rester en prison à se dire « Je suis une ordure et je mérite de pourrir ici jusqu'à la fin de mes jours » .

La vraie souffrance pour lui, c’est de s'asseoir avec la victime et de se connecter à l’humanité de celle-ci, à toute la douleur liée à ses besoins non satisfaits, puis de se reconnecter à sa propre humanité et de réaliser que ses actes n'ont pas été bénéfiques non plus…

Un potentiel de guérison est accessible lorsque l'on dépasse la pensée binaire bien-mal.

La Communication Non Violente (CNV) nous apprend comment y accéder.

Dans la médiation victime-auteur basée sur la CNV, les personnes ont la possibilité de traverser le deuil, la guérison et la réconciliation, plutôt que d'être prisonnières d'un système de justice punitive qui n'apporte aucune guérison.

 

Lorsque nous appliquons la Communication Nonviolente (CNV) à la médiation entre victimes et auteurs d'infractions dans le cadre de la justice restaurative, nous offrons aux personnes une meilleure opportunité de créer un lien humain, fondement essentiel de la guérison et de la réconciliation. » (2)

 

Que faire face à l’ampleur des violences sexuelles faites aux femmes et à leurs conséquences (15) ?

 

Le plaidoyer de Thomas d’Ansembourg et David van Reybrouck , »La Paix ça s’apprend » (16) pour la construction d’une société d’individus en paix cultivant une intériorité citoyenne vise à « guérir de la violence et du terrorisme » s’applique aussi au traitement des VSS.

L‘apprentissage de la CNV et son aspect prévention, telle qu’évoquée plus haut, enseignée dès le plus jeune âge, fera partie de la solution.

 

Les hommes auront un rôle essentiel à jouer dans leur évolution vers plus de conscience et de responsabilité.  

 

Le changement ne viendra que si les hommes racontent leurs histoires et affrontent leurs propres difficultés.  Autrement dit : l’hétéropessimisme n’est pas une guerre des sexes, mais un signal d’alarme sur la nécessité d’une évolution masculine. (1)

 

Dans sa vidéo (5), « Katz dit quelque chose de fondamental : le silence des hommes « corrects » protège souvent les comportements des hommes dangereux

Pas forcément par adhésion. Mais par inertie. Par peur du groupe. Par confort. Par évitement.

Par loyauté masculine implicite. » (6)

 

Interrogeons-nous aussi chacune et chacun sur notre attitude lorsque nous sommes témoins ou confident d’une victime, quelles sont les pistes pour aider à endiguer la spirale de violence ? (17)

A un niveau systémique, Miki Kachtan (18), formatrice CNV américaine certifiée depuis 1998, a effectué un travail colossal de recherche, de réflexion, de mise en pratique et d’écriture sur les questions de pouvoir, privilèges et libération tenant compte des différences de pouvoir structurel, matériel, économique, religieux et ethnique dans le monde. Les différences de genre ont également fait partie de ses études.

Miki Kashtan écrit (15) en réponse à la question « Que faire face à l’ampleur des violences sexuelles faites aux femmes et à leurs conséquences ? »  :

« la plupart des réactions que j'ai observées se résument à ceci : trouver toutes les « brebis galeuses » et les punir comme il se doit, ne laissant derrière elles que les « bons hommes » » ceux que Heather Wilhelm décrit comme des « êtres humains normaux, dotés d'empathie et capables de maîtriser toutes les émotions humaines fondamentales ». […]

« La plupart des gens semblent croire à la fois que punir les hommes est efficace pour protéger et soutenir les femmes, et qu'il n'existe aucune autre solution. Je remets ces deux affirmations en question. » […]

. La punition ne s'attaque pas au problème de fond et n'entraîne pas de changement suffisamment profond pour transformer les causes profondes de la violence masculine. […]

« Une alternative à la thèse de la brebis galeuse consiste à identifier les causes profondes et à transformer les conditions qui les entretiennent. Cela implique de passer d'une perspective individuelle à une perspective systémique, et d'une réponse punitive à une réponse réparatrice. Il s'agit d'examiner les schémas et les conditionnements patriarcaux qui nourrissent et perpétuent le harcèlement sexuel. » […]

« Comment pourrons-nous comprendre ce qui, dans les sociétés humaines, engendre la violence si nous refusons de reconnaître l'humanité de ceux qui la commettent ?» Reconnaître l'humanité de ceux qui harcèlent et agressent sexuellement les femmes implique notamment d'avoir la conviction qu'ils peuvent être touchés par la prise de conscience de l'impact de leurs actes. Les programmes de thérapie restaurative offrent un espace où la souffrance des femmes peut être entendue et prise en compte, ce qui leur permet de guérir et de se transformer, tout en offrant aux hommes concernés l'opportunité d'apprendre, de guérir, de se transformer et de soutenir les femmes qu'ils ont agressées. »

Elle cite l’histoire de Thordis Elva victime d’un viol par Tom Stranger qui a initié un long cheminement vers la réconciliation avec celui-ci par l’approche restaurative.

Elle cite le cas du prestigieux internat Exeter aux Etats-Unis où des élèves ont été victimes de harcèlement par des enseignants durant des décennies. Une ancienne élève, Ann Malabre, a milité pour une approche réparatrice qui « si elle aboutit, pourrait servir de modèle pour qu'une institution puisse assumer la responsabilité des préjudices subis, sans culpabilisation ni sanction, tout en s'attaquant aux causes profondes par un apprentissage collectif. »

Miki Kashtan conclut : « Pour instaurer un climat différent, j'appelle un nombre croissant d'institutions à créer des systèmes et des processus de réparation permettant aux victimes de raconter leur histoire et d'être prises au sérieux, aux personnes accusées de prendre conscience des conséquences de leurs actes et d'en assumer pleinement la responsabilité, et à toutes les parties prenantes d'identifier des actions concrètes pour transformer, institution après institution, les rapports de pouvoir qui perpétuent le harcèlement et la violence. »

L’AFFCNV, confrontée elle-même à des cas de violences sexistes et sexuelles, dans un esprit de transparence et de responsabilité, a mis en place un processus interne le plus en adéquation possible avec les valeurs de la CNV. Depuis le signalement jusqu’aux mesures de réparation portées par l’auteur et le collectif à destination des victimes. (3)

 

Jacqueline De Picker

en collaboration avec Valérie Brooms


 

Sources et notes :

(1)    Vu sur le groupe Whatsapp Bric/brac connect before correct – groupe dédié aux partages, échanges élargis à partir de la cnv … (connaissance de soi, dev. personnel, …)

Lien du groupe : https://chat.whatsapp.com/KzWrKxfbFQIGIcXF6Wccv9

Extrait de notes de Nicolas – 7/6/2026

(2)    Extraits de « Utiliser la CNV pour parler d’agressions sexuelles » traduction de l’article https://nonviolentcommunication.com/learn-nonviolent-communication/nvc-sexual-discrimination/ de Puddle Dance

(3)    https://www.cnvbelgique.be/blog/articles-3/le-reseau-cnv-confronte-aux-vss-123

(4)    Publication Facebook de Carole Bertrand-Vivier – texte du psychosociologue Charles Rojzman

https://www.facebook.com/story.php?story_fbid=pfbid04ZXUcef1c6FMQTSgSD4BYncRkxHCrS72BUas1utivPe17uXQj95BCv81HvNx1McXl&id=100002480433047&sfnsn=wa&_rdr

(5)    TedTalk de Jackson Katz - https://www.youtube.com/watch?v=KTvSfeCRxe8

(6)    https://www.facebook.com/share/p/17THB3rb8n/ vu sur la page Facebook de Nicolas Bartiaux , formateur CNV https://www.facebook.com/nicolas.bartiaux.3

(7)    nonmonogamie.com —  Violences https://nonmonogamie.com/category/violences/

(8)    Psychologues féministes – podcast Inventer une thérapie féministe 17 mai 2024 – 1 h.04 https://open.spotify.com/episode/45ZvMAlm2XWr95XbLLe9kB?si=aagMGZsVT6e5KISSpa2uJQ

(9)   https://www.facebook.com/share/p/1JtQJAbnYm/ - sur la page Facebook https://www.facebook.com/vincent.houba de Vincent Houba, formateur CNV, le 24/5/2026 à 23 :00

(10)                       Le consentement, au-delà du « oui » | ACNV-BF

(11)                       https://cercle-cnv.com/blog/2021/09/05/comment-dire-non-en-tenant-compte-des-relations-de-pouvoir/

(12)                       https://youtu.be/_IV-rlWSvEU?is=IuOTgU6B6dpzslEe - Céder n'est pas consentir | Un Podcast à soi | ARTE Radio Podcasts (59’48’’)

(13)                       Article de l’Hebdo Moustique du 27/05/2026 p.12-15 « Face aux déviants sexuels » renseignant SéOS : 088/200.99 – seos.be et Stop it Now !: 0800/14.112 – stopitnow.brussels

(14)                       Article de l’Hebdo Moustique du 27/05/2026 p.16-18 « On finit par se dire que l’on n’est que cela »

(15)                       « #MeToo et libération pour tous » article en anglais de Miki Kachtan - “This material originates from Miki Kashtan’s online course Making Life Work, which can be accessed on https://thefearlessheart.org/making-life-work/.” 

(16)                       La Paix ça s’apprend – Editions Acte Sud – Domaine du Possible

(17)                       Etre témoin. Dire stop, c’est parfois difficile | ACNV-BF

(18)                       Miki Kashtan est la fondatrice de la Nonviolent Global Liberation (NGL), une communauté de pratique radicale qui expérimente activement des solutions pour combler le fossé entre les crises mondiales actuelles et une vie pleinement interdépendante. Elle est l'auteure de plusieurs livres et de centaines d'articles sur le blog The Fearless Heart, où elle partage ses réflexions et des ressources approfondies https://www.cnvc.org/fr/trainers/miki-kashtanhttps://www.cnvc.org/fr/trainers/miki-kashtan

(19)                       Article de l’Hebdo Moustique du 27/05/2026 p.19-21 « Victimes d’inceste en quête de réparation » -SOS Inceste 02/646.60.73 –  sos-inceste-belgique.be - Patouche - www.facebook.com/patouche